Biographie


Les choses défendues

On n’a jamais entendu dire que Cali se défendait de quoi que ce soit. Au contraire, chez lui, la liberté est vivace et vitale, têtue et entretenue. Si son septième album studio s’intitule Les Choses défendues, c’est précisément parce qu’il célèbre cet instant des dix-sept ans où l’on grandit en faisant les choses défendues. Et, bien après ses dix-sept ans, il continue, il recommence.

© Yann OrhanQuestion de tempérament, mais aussi question de timing : cette année, Cali s’engage sur une voie à la fois aventureuse et familière – plus fort, plus loin. Dans la chanson qui donne son titre à l’album, il clame à ses cadets : « Croquez dans toutes ces choses défendues« . Quant à lui, il croque dans les émotions débordantes, les souvenirs vertigineux, les tragédies intimes, les limites ultimes du cœur.

Cali ne raconte rien moins, dans Annie Girardot, que le jour où son père prend ses quatre enfants dans ses bras sur le lit, après être revenu de l’enterrement de sa femme – « On ne se rappelle pas de tout / Mais jamais on n’oublie« . Il décrit crûment dans Elle a mal toute la folie de la violence dans un couple. Il avoue, dans Seuls les enfants savent aimer, des sensations de môme et des larmes de père…

Alors que depuis quelques années en France, on chante beaucoup sur la pointe des pieds, Cali avoue que, pour lui, « ce n’est pas la peine d’aseptiser« . Il veut regarder vraiment. Dévoiler, dire, raconter.

Il y a une douzaine d’années, on le découvrait incroyablement franc quand on devinait l’autobiographie sous ses premiers succès. Mais peut-être ne lâchait-il pas encore autant ses mots et ses émotions. Pour cet album, il déborde toute défense : « J’ai la chance de beaucoup écrire et certaines chansons me remuent vraiment. Elles me remuent assez pour durer toute une vie, alors qu’avant certaines autres m’ont duré seulement une tournée. » Les chansons des Choses défendues resteront longtemps, dans nos mémoires comme dans sa vie d’artiste.

« Pour cet album, je voulais que ça fasse très mal ou que ce soit très bon – c’est le très qui est important. » Cali avance alors entre un couple du 13 novembre dans Tout va recommencer et l’ivresse optimiste de La femme qui t’aime, entre les fraternités jetées pêle-mêle d’À cet instant je pense à toi et la ritournelle idiosyncrasique d’I Want You

Pour ce parcours entre le dévoilement salvateur et « des vérités de dix minutes« , il lui fallait une production vaste et profonde. Les Choses défendues a donc été produit par Édith Fambuena, ex-moitié des Valentins et déjà sous les projecteurs cette année pour les albums de Jacques Higelin et Olivia Ruiz. Ils ont mis longtemps à se trouver. Cali avait évidemment suivi sa riche trajectoire de productrice avec Alain Bashung, Étienne Daho, Miossec ou Jane Birkin, et savait confusément qu’un jour il serait temps qu’ils travaillent ensemble.

Ils se sont inventé une méthode : une semaine avant la dernière date de sa tournée, il s’installe dans son studio, près de Perpignan, avec son groupe de scène : Philippe Entressangle à la batterie, Julien Le Bart et Alexis Anerilles aux claviers, Alain Verderosa à la basse et Robert Johnson à la guitare, avec l’appoint de Steve Wickham des Waterboys au violon et à la mandoline. Puis Cali envoie les titres enregistrés à Édith qui monte, mixe, ajoute des guitares, des sons, des ambiances, des bruits. Seconde session d’enregistrement en avril avec le groupe et, pendant l’été, Édith Fambuena termine la production de l’album.

Le résultat est à la fois très sophistiqué et très spontané, avec les textures sonores singulières de Fambuena et 90% de premières prises pour la voix. D’ailleurs, si Montréal 4 AM est chanté presque sans timbre, c’est que les enfants dormaient à côté quand Cali a enregistré sur son dictaphone.

Les Choses défendues sort alors que Cali est en tournée solo avec, sur scène, sa chambre d’adolescent reconstituée – posters des Clash et de Leonard Cohen, canapé, guitare et piano. Il y prolonge les confessions, les visions et les rêveries de l’album.

Au printemps 2017, il retrouvera son groupe pour une autre tournée. Là aussi, il n’y aura que des choses défendues.

Bd.

L’âge d’or

Une des nouvelles chansons de cet album dit que « La vie est une menteuse », mais Cali, lui, ne ment pas. Voilà un album de sève, de sourires, de rocs, de rêve, d’amour qu’on veut sentir couler en soi.

Douze chansons qui frappent tour à tour le cœur, le bonheur, les heures qu’on croyait oubliées dans le grand chapiteau de l’enfance. Un passé conjugué au fil du disque au moment présent.

On en crèverait de larmes de joie, tant ici s’emmêlent et s’égarent l’une dans l’autre, dans un tourbillon aussi délicat et animal qu’une chaîne d’ADN, la vie d’avant, et la vie, maintenant.
« La vie quoi ! » lance justement Cali sur ce single euphorique et d’une énergie toute vitaliste qui exhorte chacun à un bonheur immédiat.

Le rockeur qu’on connaît si engagé, ce troubadour qui souffle des flammes de liesse sur son public depuis maintenant plus de vingt ans, a chapitré son existence d’un « Age d’or ».
Et c’est vrai : il ouvre ici ses ailes. En mots. En musique. En confidence. Avec une puissance nouvelle : celle d’un homme ébloui par la vie, tirant de son expérience une force et une joie pures.
Ici, c’est la découverte d’un Cali solaire. Parfois accompagné d’un simple piano bastringue ou d’un fifre comme dans un bal populaire, parfois bondissant dans une pop électrifiée. Cali est joueur et nous embarque pour un disque comme un album-concept sur tous ces âges heureux de nos existences, et sur ce qui au final reste, et parfois manque.

Ses textes, si intimes, ricochent sur Prévert, Apollinaire ou Brel. Le féminin abonde toujours dans ses mots, mais prend des visages inattendus. « Ostende », la ville-amante, qui sonne déjà comme un classique en lettres d’argent dans la grande tradition de la chanson française.
Ou deux prénoms presque baroques qui se font face à face : sa fille « Poppée« , tête blonde, qui surgit comme une brise douce, suspendue au filin transparent d’un piano fantôme.
Et « Coco », la tête brune, fille aînée du chanteur, qui prête sa voix à son père pour un duo. Complices comme deux gangsters.

C’est racé. Et pourtant d’une brutalité intacte. Comme si les battements de son cœur n’étaient jamais tout à fait apaisés. Son volcan se joue de nous. Et explose de temps à autre, comme avec Jimmie O’Neill, le chanteur écossais des mythiques Silencers, qui pose sa voix rugueuse dans « Le grand chemin ».
Cali chante comme il vit, sans mensonge et sans artifice.

L’élégance et l’émotion, égrenées tout au long du disque, naissent aussi d’une fusion : celle du chanteur avec David François Moreau, compositeur de musique de film et de ballet, et réalisateur, musicien et arrangeur de L’Age d’or.

Un alliage de leurs cultures musicales qui leur a permis de composer ensemble et de sculpter certaines des mélodies, lisibles et claires comme des ritournelles passées. Des mélodies qui revêtent tour à tour des harmonies pleines de force, d’audace et de tendresse. Les instruments et les contrechants sont comme des boomerangs qui reviennent résonner contre les mots et font flancher le cœur de tant d’inattendu. L’espace musical tourne autour de la voix.

Et soudain, dans « Poppée in utero », le voyage sombre dans un rêve sans parole.
Une comète musicale libre et fulgurante, à la manière de Luciano Berio, remplie de matières sonores enlacées par David François Moreau, dont on reconnaît là particulièrement son travail pour la danse contemporaine.

Enfin, il y a toujours chez Cali un autre artisan secret qui veille, Léo Ferré.
La reprise de « L’âge d’or » clôt évidemment le tout. La boucle se boucle d’elle-même.
Et Cali récolte ses moissons d’été.

Agnès Olier

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